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Pour quelle raison la Haute Autorité de Santé ne recommande-t-elle pas la psychanalyse comme thérapeutique dans le cas de l’autisme ?

Sophie Bourguignon

Sophie Bourguignon

Psychothérapeute Paris 20

Diplômée en psychologie clinique à l’Université Paris 7, je vous reçois pour une psychothérapie ou une psychanalyse dans mon cabinet situé au 8 rue de Buzenval, dans le 20ème arrondissement de Paris.

Pour quelle raison la Haute Autorité de Santé ne recommande-t-elle pas la psychanalyse comme thérapeutique dans le cas de l’autisme ?

Sophie Bourguignon

À Paris le 2 mars 2026

La psychanalyse n’est pas recommandée comme thérapeutique à suivre par la Haute Autorité de Santé dans le cas de l’autisme prétextant : l’insuffisance de preuves démontrant son efficacité[1]. Pourtant, certains êtres qui souffrent de symptômes autistiques fréquentent chaque jour les cabinets de psychanalystes. Ces cures mettent en évidence des avancées. Celles dont les êtres témoignent eux-mêmes sur le fauteuil ou sur le divan, respectivement lorsqu’ils sont en psychothérapie ou en psychanalyse. Pour quelles raisons continuer d’ignorer ces avancées ?

Lorsqu’ils sont enfants, ils viennent accompagner de leurs parents qui sont eux-mêmes invités à rencontrer un psychothérapeute ou un psychanalyste. Cette alliance thérapeutique — celle d’impliquer le parent dans le symptôme de son enfant — aide l’enfant, la famille et le couple parental.

Les êtres majeurs souffrant d’autisme se rendent seuls à leurs séances comme le font les autres personnes présentant des symptômes psychiques, corporels ou organiques.

Les psychothérapeutes et psychanalystes reçoivent du matin tôt au soir tard des êtres souffrants que leur Moi soit autiste, dépressif, angoissé, hypersensible, schizophrène, obsessionnel, paranoïaque, TDA(H), mélancolique ou autre. De ce fait, cette brève n’a pas pour visée de défendre la psychanalyse qui existe bien en tant que thérapeutique mais plutôt de questionner ce qui peut résister à sa recommandation. Car il n’y a pas que l’HAS qui souhaite l’évitement de la psychanalyse. Régulièrement celle-ci fait l’objet de restrictions institutionnelles, dernièrement l’amendement 159[2].

Une psychanalysante qui poursuit sa cure depuis plusieurs mois s’interroge. Elle travaille tous les jours avec des personnes diagnostiquées autistes et remarque une multitude de thérapies proposées et presque à chaque fois l’exclusion de la psychanalyse en institution. Elle met en évidence ce paradoxe : les effets bénéfiques de sa psychanalyse et le fait que celle-ci soit souvent refusée comme thérapeutique et qu’elle ait mauvaise presse.

La résistance à la psychanalyse n’est pas nouvelle. C’est son pain quotidien. Freud avait mis en évidence le bénéfice de la maladie comme l’une des plus grandes résistances au traitement[3]. C’est parce qu’elle ouvre une voie pour l’expression verbale de la vie pulsionnelle, de la haine et qu’elle met en évidence sa propre implication dans son malheur qu’elle suscite autant de réticences. Une psychanalyse vise une responsabilité vis-à-vis de soi-même, de son symptôme et de son comportement vis-à-vis d’autrui : compagne, compagnon, époux, épouse, enfants, amis, collègues, etc. Puis, une psychanalyse ne peut se faire sans le désir de l’être. Cet engagement vis-à-vis de soi-même et de son désir s’incarne par la présence, le déplacement, l’argent, la parole, le temps et il est thérapeutique. C’est un investissement et le pari d’un avenir plus joyeux et apaisé pour soi. Il y a un effort à consentir pour cela.

Les résistances au fait d’aller mieux, en tant que clinicienne et psychanalysante, je les accueille en consultation et les éprouve dans ma cure. Elles sont au travail chaque jour pour que les êtres puissent les entendre et construire autrement leur vie qu’en mettant sous le tapis les raisons de leur mal-être.

À ce jour, il me semble que cette thérapeutique, qui passe par la responsabilisation et par le fait d’exprimer le plus intime en soi même si cela est désagréable et parfois tempétueux, n’existe nulle part ailleurs. Exprimer verbalement ce qui cause la souffrance — qui préfère d’ordinaire la voie du refoulement, de la projection sur autrui, de la formation de symptôme ou de situations pénibles — lorsque c’est associé librement en séance, que cela est supporté psychiquement — permet de s’inscrire dans une autre voie que celle du symptôme autistique, des problèmes de couples ou des ratages sous toutes leurs formes.

En ne recommandant pas la psychanalyse, la Haute Autorité de Santé s’inscrit du côté de la résistance au savoir sur soi pour avancer. Est-ce la perpétuation du symptôme, de l’inhibition, du déni et de la censure qui est préconisée ? Celle-ci, il nous semble, n’est pas favorable à la résolution de la souffrance. La perspective psychanalytique n’est pas celle d’un mieux sous forme de feu de paille imaginaire ou d’assommoir chimique mais au contraire celle d’une construction d’un véritable apaisement, plus solide. Ce qui n’empêche pas, lorsque cela est nécessaire, d’autres prises en charge et/ou qu’un traitement chimique accompagne l’être, en partenariat avec le psychiatre et/ou le médecin[4].

Pour conclure cette brève, par curiosité, je partage avec les lecteurs une question qu’il m’est arrivé de poser autour de moi : « Pour quelle raison ne pas faire une psychanalyse puisque les résultats se repèrent ? » Cela m’intéresse et m’interroge. Voici quelques réponses :

  • Une phrase de Sigmund Freud, de Jacques Lacan, de Françoise Dolto ou d’un autre psychanalyste, interprétée vivement et sortie de son contexte
  • L’absence d’une lecture rigoureuse et chronologique de ces auteurs permettant une discussion avec des arguments solides,
  • Une parole maladroite d’un psychanalyste,
  • Une affaire médiatisée portant en accusation un analyste,
  • Une méfiance vis-à-vis de commentaires négatifs sur internet,
  • Des anecdotes : « quelqu’un connaîtrait quelqu’un qui aurait rencontré un psychanalyste un jour… »

La plupart du temps ces personnes n’ont jamais elles-mêmes rencontré de psychanalyste mais elles ont entendu dire que. Les années passent et la souffrance est toujours là. Parfois, parce qu’elle continue d’être ignorée par l’être, cela va jusqu’à percer son corps, puis son organisme. Alors, comment caractériser ce phénomène si ce n’est par ce que Freud avait mis à jour en 1920, cette pulsion de mort à l’œuvre en chacun de nous [5] ?


[1] https://informations.handicap.fr/a-autisme-la-has-ecarte-la-psychanalyse-38793.php#:~:text=La%20Haute%20autorit%C3%A9%20de%20sant%C3%A9,ancien%20entre%20familles%20et%20professionnels.

[2] https://www.senat.fr/amendements/2025-2026/122/Amdt_159.html

[3] Freud, S. (1923). « Inhibition, symptôme et angoisse », in Œuvres Complètes, Vol. XVII, Paris, PUF, 2020, p. 217.

[4] Amorim (de), F. « La clinique du partenariat », in Brèves 2020, Paris, RPH Éditions, à paraître. https://www.fernandodeamorim.com/la-clinique-du-partenariat-paris-9eme/

[5] Freud, S. (1920). « Au-delà du principe de plaisir », in Œuvres complètes, Vol. XV, Paris, PUF, 2019, pp. 273-338.

Sophie Bourguignon

Sophie Bourguignon

Psychothérapeute Paris 20

Diplômée en psychologie clinique à l’Université Paris 7, je vous reçois pour une psychothérapie ou une psychanalyse dans mon cabinet situé au 8 rue de Buzenval, dans le 20ème arrondissement de Paris.